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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 15:18

 

 

 

Les débats à la télévision m’ont inspiré cette réflexion : souvent  celui qui s’engage dans une controverse  se bat non pour la vérité mais pour affirmer son point de vue.

Premier principe élémentaire :

«Il faut que le vrai paraisse faux et le faux vrai»
Au détriment de la vérité les «people», les journalistes, les hommes politiques, en fait tous ceux qui donnent leur avis sur n’importe quel sujet, s’expriment vite à l’aide d’un langage truqué, car l’intérêt de leurs affirmations importent plus que celui de la vérité. Il faut nécessairement s’avérer déloyal dans une controverse sous peine de laisser place aux arguments de l’adversaire. Le principe consiste à avoir le dernier mot sans tenir compte de la vérité objective. Ces méthodes permettent  de débusquer les spéciosités qui définissent l’art de la dialectique et de disséquer le fonctionnement des rapports humains. Selon Aristote, s’il s’agit de la recherche de la vérité, il faut accepter le principe de toujours avoir raison.


Deuxième principe :

Ne pas se préoccuper du fait que l’on a ou que l’on n’a pas objectivement raison.

Schopenhauer dans «L’art d’avoir toujours raison» s’intéresse aux méthodes qui prédisposent à cet «art de la dispute» et en décrit les stratagèmes.
Il en expose trente-huit, représentatifs de la consistance de tout débat, dont la finalité repose sur la victoire factice de la vanité des interlocuteurs.

En voici quelques-uns :

Etendre l’affirmation de l’adversaire au-delà de sa limite naturelle. En exagérant ses argumentations, multiplier les attaques auxquelles elle s’expose. La parade consiste à repréciser le sujet débattu, les exemples abondent dans ce genre de mauvaise foi.
Utiliser l’homonymie selon la méthode du syllogisme : confondre deux termes qui ne signifient pas le même concept et les amalgamer : il n’y a ainsi aucun rapport entre l’honneur moral qui dépend de notre conscience et l’honneur civil qui traduit souvent une réputation.
Embrouiller les cartes afin de désorienter les réponses de l’adversaire : méthode socratique par excellence dont le but est de dissimuler ce que l’on veut faire dire à l’autre.
Le mettre en colère en le harcelant et déceler ainsi son point faible.
Corrompre le langage en énonçant de manière perverse les données du discours : suggérer ce que l’on pense avant de le démontrer. C’est le rôle de la litote qui peut faire passer «suspicion» pour «accusation», «prévenu» pour «coupable», «reconnaissance» pour «pot-de-vin», «malversation pour imprudence» etc. : c’est le type même du procès d’intention..
Triompher en force grâce à une preuve qui n’en est pas une.
Elever la voix ou pratiquer la belle éloquence pour réduire au silence l’adversaire timoré.
Si les arguments de l’adversaire semblent prendre le dessus, provoquer un changement de débat.
Sauter du particulier au général pour le noyer ou le diluer.
Réagir à temps dans le cas contraire pour resituer le problème et renverser les arguments convaincants pour les récupérer en sa faveur par une manœuvre habile.
Avancer des arguments discutables devant un parterre d’ignorants sachant que l’interlocuteur n’aura pas le temps de les rétablir.
Se faire passer pour un spécialiste à l’aide de références non vérifiables sur l’instant. Falsifier, inventer des preuves, jouer sur les idées reçues et se servir de l’opinion commune en guise d’autorité selon le principe de Sénèque : «Chacun aime mieux croire que juger par lui-même».
Mettre les rieurs de son côté quand,  à bout d’arguments, déclarer que «tout cela me dépasse et mon intelligence limitée ne me permet plus de comprendre ou juger»
Opérer une diversion quand les choses tournent mal. Si l’adversaire est en passe de convaincre prendre un ton personnel et passer de l’objet du débat au contradicteur lui-même. (attaque ad hominem) : un exemple typique est de taxer d’ambition personnelle le vis-à-vis en spéculant sur la complicité de ceux qui se préparent à une même ambition.
Quelle parade employer ? user de la même méthode entraîne la diffamation et la méchanceté ou conserver son calme et convaincre serait un triomphe dialectique mais générerait une hostilité redoublée de l’adversaire car aucun vaniteux ne supporte de se voir offensé.
Noyer l’adversaire par un flot de paroles : procédé utilisé par les intellectuels et les tribuns à la voix tonitruante mais creuse (langue de bois).
Stigmatiser la pensée de l’adversaire sous des appellations comme «c’est du dogmatisme», «c’est du gauchisme» ou «vrai en théorie mais faux en pratique» : terrible sophisme car la règle philosophique affirme que, si la raison est juste, la conséquence qu’on en tire s’impose. Le contraire de cette règle signifie  que la théorie est fausse.
Négliger les arguments évoqués par l’adversaire et insister sur les mobiles divers qui le poussent à les employer et récupérer l’intérêt commun de l’assemblée.

En conclusion, n’entrons pas dans des considérations philosophiques ardues que des auteurs plus avertis ont abordées : l’étude de la dialectique nous ramène en effet aux évolutions de la pensée de Protagoras à Socrate, de Platon à Aristote, de Hegel à Schopenhauer et bien sûr à Kant pour lequel la dialectique s’avère «une prétention illusoire à produire la connaissance par le seul moyen de l’activité de la raison».
Restons-en à des considérations simples proches de celles valorisées par Schopenhauer : l’art de la dispute, l’habileté dans la discussion, véhicules de la perversité humaine naturelle destinés à assouvir la vanité et le désir d’être le plus fort sans se soucier d’avoir raison ou non.
Nous nous laissons souvent entraînés dans nos discussions vers la polémique par goût de la contradiction. Enfin à l’examen des stratagèmes énoncés par Schopenhauer, ne débusquons-nous pas certaines de nos manœuvres ?
Le désir insensé de paraître, d’être le plus fort, le meilleur, d’avoir le pouvoir qui aujourd’hui repose sur l’argent, l’indifférence, l’égoïsme et l’injustice.
La réussite ? Réussir une existence d’Homme ne dépend pas des honneurs, des titres ou des diplômes, qui sont la règle de la réussite sociale.
L’ambition ? Etre ici ce qu’on n’est pas ailleurs, se nourrir d’illusions au milieu d’un système où l’impunité sert de viatique à l’imprudence.
Cette «délectation de la vanité» naît selon Schopenhauer de ce que l’on se compare avec d’autres sur le plan intellectuel. Cette comparaison a lieu dans la controverse et c’est ainsi que naît l’attaque personnelle. Rares sont ceux qui insensibles, indifférents à l’offense continuent à œuvrer à la victoire de la raison. Faut-il alors, comme le recommande Schopenhauer, ne pas s’engager dans une controverse avec le premier venu mais seulement avec ceux dont on sait qu’ils ont assez de raison pour ne pas étaler au jour des absurdités et le sens de la justice pour pouvoir admettre de perdre la partie si la vérité est dans l’autre camp ?

Triomphe de la raison ou de la vérité ?
Pouvoir factice où se dissimule la vanité.
                                                                                                                                                                                                                                       JFB

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Published by sophia
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