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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 12:55

Essai de reconstitution d’une improvisation-thème et variations :

Chercher ou pas midi à quatorze heures !

Introduction :

Dans l’esprit de «Prétextes à philosopher» et de «Philosophie buissonnières».
Cheminer à partir d’une expression courante.
Se représenter un cadran, où l’on voit nettement la position de midi, 12, en haut et au milieu et de 14 heures, légèrement à droite et ainsi, si on veut, tout le cadran…
Il est facile de comprendre pourquoi midi, le centre, le milieu, le repère stable, peu d’ombre, le réel en somme, le vrai. Mais pourquoi 14 et pas 15 ou 16 ou autres ? Peu importe, ce détail ne change rien à l’essentiel, au sens important s’il y en a un !
IL est remarquable que l’expression soit toujours utilisée dans un sens négatif : il ne faut pas chercher, ce n’est pas la peine de chercher midi à 14 heures… On entend rarement ou jamais : il faut chercher 12 à 14, ou chercher midi à midi, ou 14 à 114, etc. Il est vrai qu’immédiatement cela se comprend, j’énonce une position de principe :
On veut savoir
-on questionne,
-on veut comprendre,
-et pour ce faire on cherche, des explications, car on présuppose qu’il y en a, qu’il doit y en avoir, c’est le principe de causalité, ou le principe de raison suffisante. Pour ce faire, les hommes (les cultures, les civilisations) ont mis tant de temps à construire des représentations, des systèmes, des cadres spatiaux objectifs, des savoirs des sciences : astronomie, géométrie, géographie, physique et autres sciences…
-construire également des cadres temporels, mythes, récits divers, histoires, rites, cadres objectifs de la lecture du temps (horloges diverses, calendriers)…
Tout cela pour habiter ensemble le monde, savoir aller chercher les choses là où elles sont, le réel là où il est…
C’est ainsi qu’on peut lire ce passage du Petit Prince de «Saint-Exupéry» : dans son voyage à travers les planètes, le Petit Prince rencontre une minuscule planète habitée par une seule personne, l’allumeur de réverbère ; la planète tourne très vite et il ne cesse d’éteindre et d’allumer. Pourquoi faire cela sans cesse s’interroge l’enfant ? Il ne faut pas chercher midi à 14 heures, aurait pu répondre l’allumeur, «c’est la consigne». Il y a d’une part l’ordre de la nature, la rotation de la planète sur elle-même et autour du soleil, les lois universelles de la nature, et d’autre part l’ordre social, la consigne donnée à ce fonctionnaire : allumer au coucher du soleil et éteindre au lever.
On a donc mis en place un tas de dispositifs pour trouver ce qu’il faut là où il faut. Ce n’est donc pas pour chercher ailleurs.
Car chercher, s’efforcer de trouver, retrouver, c’est bien pour savoir, pour comprendre et vivre ensemble. Donc pour trouver, découvrir...
Par conséquent si on dit de ne pas chercher midi à 14 heures, c’est qu’on pense qu’on ne pourra pas trouver, car il n’y aurait rien, ou pas là, ou pas comme ça ! Effectivement, si on regarde un cadran on voit bien que 12 n’est pas 14. Ce qui est là est là et non pas ailleurs, ce qui est maintenant n’est ni avant ni après : «hic et nunc» disaient les latins !
Donc cela voudrait dire : ne pas chercher ailleurs ce qui est là, ne pas chercher dans un autre temps ce qui est dans ce temps-là, car on risque de ne pas trouver, or on cherche pour trouver, c’est tout au moins ce que l’on pense communément.

Cela semble une évidence : ce qui est là, est là et n’est pas là, ce qui est après n’est pas avant ! Avant l’heure ce n’est pas l’heure, après l’heure ce… c’est bien connu !
Expression dite le plus souvent sous une forme négative :
Il ne faut pas chercher… quel interdit ? quelle effraction punissable ?
Ce n’est pas la peine…
Tu n’as pas besoin de… Comme s’il y avait là quelque chose d’évident d’interdit, d’impossible… Cela mérite d’aller voir de plus près : pourquoi n’entend-on pratiquement jamais :il faut chercher midi à 14 heures ? et pourquoi pas ? Quand on passerait de l’interdit à l’injonction !
C’est la problématique de la vérité, de ce qu’il en est du réel, de nos rapports avec.

Sous sa forme actuelle, cette expression date du 17ème siècle, mais on a utilisé auparavant «chercher midi à 11 heures  et  chercher midi si loin».
Si la référence à midi est compréhensible, 14 ou 11 l’est moins immédiatement, peu importe, il s’agit toujours de l’ailleurs. De même que l’heure ait été divisée en 60 ou 100, peu importe l’important a été qu’on se mette d’accord sur un ordre une loi, un mode de calcul.

Midi : le milieu, le centre un repère stable même si ça tourne, l’heure où il y a le moins d’ombre, le soleil, la lumière, le Zénith, selon Nietzsche !
14 : après et non avant (11), c’est après, ailleurs, mais pas très loin tout de même, d’où possibilité de confusion et d’illusion, alors que si c’était 18 heures ou minuit ! ..
Chercher et trouver.
Chercher (circare, aller autour) : s’efforcer de trouver, retrouver, découvrir, tâcher d’atteindre. Quoi ? la vérité, la réalité, ce qu’il y a, les raisons les explications.pour savoir, pour comprendre.
Trouver : rencontrer, découvrir (enlever ce qui couvre, cache, pour montrer, voir ce qui était caché) se rendre compte, éprouver…
On dirait ne pas chercher par ce qu’on pense ne pas pouvoir trouver.. parce qu’on pense qu’on cherche pour trouver et que si on pense ne pas pouvoir trouver alors pourquoi  chercher?

Première partie : quelques sens communs et classiques donnés à l’expression, ou expressions équivalentes :

Chercher des cornes sur la tête d’un cheval,
Chercher le veau sous le taureau,
Chercher 5 pattes au chat, quoique, si on regarde de près, 8 pattes : 2 devant, 2 derrière, 2 de chaque côté !)

On dit cela parce qu’on pense ne pas devoir, pouvoir trouver. «Ne cherchez pas, vous ne pourrez trouver ou il n’y a rien à trouver ! Ou pas comme ça ! circulez, il n’y a rien à voir…»

- Chercher une chose là où elle ne peut pas être : ce qui est là n’est pas là-bas ! cf le cadran «va voir là-bas si j’y suis, alors que je suis là !»
- Chercher l’impossible (là et là-bas, après et avant.)
- Chercher trop loin ce qu’on a dans la main, sous les yeux : l’évidence, c’est évident, donc pas besoin de...
- 12 /14 heures, c’est l’heure où les Français mangent, donc ils ne cherchent pas pendant ce temps-là !
- Chercher à se compliquer la vie, la difficulté là où il n’y en a pas ! il y en a déjà assez comme cela !
- La logique semblerait : chercher midi à midi, la quête de la vérité, de l’identité, de la réalité là où elle est !)

Ce qu’il y a de commun ou de proche dans tout cela : ce sont les idées de perte de temps ? de vanité, d’inutilité, impossibilité, d’évidence :
Le réel, le vrai est là où il est et non ailleurs, alors il est bien clair que si on veut le trouver, si on a quelque chance de, il vaut mieux ne pas chercher ailleurs. De 12 à14, c’est l’ordre mathématique !
les deux, 12 et 14 en même temps, ça poserait problème.
Tout cela semble aller de soi, de bon sens, logique, et pourtant, pourtant ? Pourquoi trouver? Trouver quoi ?
Trouver ce que l’on cherche ?
Trouver ce qu’on ne cherche pas ?

Deuxième partie : mise en question, pourquoi ne pas chercher midi à 14 heures ?

Tout d’abord, quel est le système de référence ? de quelle heure s’agit-il ? heure d’hiver, heure d’été, heure solaire, heure légale, heure allemande (comme je l’entendais dire chez ma grand-mère pendant la seconde guerre mondiale ! l’été : 14 heures à la montre, c’est 12 heures au soleil, alors là ? (un souvenir d’enfance, à l’écoute pour la première fois de l’expression.)
Certes, si c’est pour trouver, découvrir, oui, il vaut mieux chercher midi à midi ou 14 heures à 14 heures, le réel là où il est !
Mais quand peut-on être sûr qu’on ne trouvera pas ? Quand est-on certain que midi n’est pas à 14 heures ? il faut aller y voir.
Peut-on ne trouver «rien» ? Si le rien n’est rien… mais le rien est-il ? Ne trouve-t-on pas toujours quelque chose ?
Il ne faut pas chercher, car il n’y aurait pas d’explication ou parce que l’explication ne serait pas là où on suppose qu’elle peut être ?

Mais comment soutenir ces assertions, de même que toutes les autres évoquées au passage?

Chercher midi à 14 heures, à supposer que midi soit la vérité, la réalité, est-ce que cela voudrait dire que le 14 heures serait une erreur, un mensonge, une illusion ?
- ici, l’erreur peut être corrigée, si on connaît le système. c’est pour cela qu’on a construit des systèmes de référence, des horloges, des fuseaux horaires…)
- il ne s’agit pas de mensonge ici, et si on y pense c’est qu’on a une idée de la vérité, et on ne veut nuire à personne ce faisant ;
- on peut parler d’illusion, si effectivement on croit trouver, alors que, l’illusion est toujours dans le croire que alors que…on y reviendra.
Par ailleurs, pour quoi vouloir à tout prix trouver midi, la réalité ? Dans le sens où Nietzsche demandait : «Pourquoi la raison à tout prix ?»
On peut tirer la leçon d’Œdipe : il voulait savoir à tout prix ce qu’il en était du dire des oracles, de l’identité de l’assassin de son père, le vieux roi Laïos. Il a cherché midi à midi, et il a trouvé, mais alors il n’a pu supporter la vision de la réalité, le coupable c’était lui ! et il s’est crevé les yeux. Il aurait peut-être été préférable qu’il cherchât midi à 14 heures !!
Ulysse, dans son Odyssée, ne revint pas directement en Ithaque retrouver Pénélope, son épouse aimée et aimante, il se laissa entraîner vers l’ailleurs, cela dura longtemps, quelles découvertes dans toutes ces aventures, et cela ne l’empêcha pas de retrouver midi ! Donc ce n’est pas aussi simple que cela !
Oui, il ne faut pas nécessairement chercher midi ailleurs qu’à midi, il y a des réalités dont on ne peut faire l’économie, qu’on ne peut escamoter : il y a le temps, l’histoire, la vieillesse, la mort, nous sommes mortels…

Réflexion sur l’Histoire : parfois, on comprend la clef de midi, en cherchant et trouvant celle de 14 heures. «Une révolution, le commencement d’une révolution ?» Quand peut-on dire d’un moment, d’un mouvement qu’il est historique ? La connaissance de l’après peut aider à la compréhension de l’avant, du présent passé.
Réflexion sur le temps, la temporalité. Pour bien comprendre un moment du temps (le présent, midi), on peut être amené à chercher dans le passé (11heures), à condition de ne pas s’y enfermer, ou projeter dans l’avenir (14 heures), sans s’illusionner ou s’impatienter…Autrement dit, pour bien trouver midi, ne faut-il pas aussi parfois chercher à 11 heures ou 14 heures ?

Il ne faut pas oublier le plaisir de la recherche, même si on ne trouve pas ce que l’on voudrait, on peut trouver autre chose. Ce n’est pas forcément en cherchant cela qu’on le trouve. il y a des découvertes qui sont faites alors qu’on cherchait autre chose ou ailleurs : (la pénicilline…) !
Découvrir, on soulève un couvercle et que trouve-t-on ?
- Ce que l’on cherchait ?
- Autre chose ?
- Digne d’intérêt ? sans intérêt ?
On n’a des réponses à ces questions que si on a cherché, fut-ce d’abord à 14 au lieu de la bonne heure !
Quand peut-on être certain qu’on ne va pas trouver là si on n’a pas été y voir ? Pour être certain de ne pas trouver midi à 14 heures, encore faut-il aller y voir ! donc…
On dit que c’est compliquer les choses. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? plus sérieusement, c’est que le réel est compliqué parce que complexe. On ne cherche pas à compliquer, c’est que le réel est tel ! (l’image de la neige sur un trottoir)…

- Mise en question de l’évidence (Descartes). La respiration de l’esprit : décoller de l’évidence, ne pas se laisser enfermer dans le «hic et nunc»….
- La fonction de l’utopie…
- C’est impossible de trouver, donc il ne faut pas chercher : Quand peut-on en être certain? là encore «penser l’impossible» !
- Illusion et désillusion. Si on prétend qu’il y aurait illusion à chercher midi ici ou là, alors que… eh bien allons voir pour confirmation, une bonne désillusion ne fait pas de mal dans le fond, encore faut-il aller y chercher, donc…
Nietzsche, à la recherche de la vérité d’un affrontement digne avec le réel, n’a pas d’abord cherché midi à midi, mais en cherchant du côté du déclin qui d’une certaine manière commence à partir de 14 ou même 13 heures. C’est en cherchant à comprendre le déclin, le crépuscule, pour sauver ce qui pouvait être sauvé qu’il est arrivé à poser le midi, l’heure sans ombre (cf. le texte «l’histoire d’une erreur»). Le commencement du déclin, du crépuscule.. Traverser toute l’histoire de la philosophie occidentale (de Platon à lui-même) pour en revenir à la problématique de la vérité et du rapport de l’homme à la réalité, il a bien cherché midi à 14 heures !
Vanité ? Non, il a réorienté la pensée philosophique occidentale..(en y intégrant Zarathoustra, une figure proche-orientale).
-La fonction de l’anticipation : chercher loin pour voir plus près (ne pas rester la tête dans le guidon, comme on dit !) Projeter.
-Le travail de l’hypothèse de l’imagination dans l’activité scientifique. Même les hypothèses les plus farfelues, ayant été interrogées, infirmées, peuvent avoir leur utilité, encore faut-il aller y voir pour le savoir…

Autre point de vue : maintenant, même si on ne cherche pas pour trouver, découvrir, il n’est pas interdit de chercher midi à…
En effet, que fait-on du plaisir de la recherche pour elle–même ? Plaisir de l’esprit, une sorte d’esthétisme (dilettantisme ?)
Et on peut trouver autre chose que ce que l’on cherche : c’est alors la surprise, la nouveauté.
On peut parler de la valeur heuristique.
On peut toujours trouver quelque chose, une satisfaction à notre curiosité, notre besoin de compréhension.
On peut encore citer les bienfaits possibles de l’illusion, sans illusion !
Le «détour philosophique», pour revenir au point de départ, mais autrement, «converti».
-Platon et le retour du prisonnier dans la caverne !
-Descartes et sa certitude d’exister.
-N’y a-t-il pas chez eux une manière de compliquer, d’«aller voir là-bas si j’y suis». L’expression a souvent été adressée aux philosophes ou autres intellectualistes : vous compliquez bien les choses, en vous perdant dans vos concepts ! Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Plus sérieusement : n’est-ce pas le réel qui est complexe, compliqué et de ce fait tout discours sur lui pour l’analyser, ne peut être que compliqué ! Il n’y a pas à chercher midi à 14 heures, c’est le réel qui est compliqué !
C’est évident, dit-on souvent, mais ne faut-il pas mettre l’évidence en question, en décoller pour la respiration de l’esprit, pour ne pas se laisser enfermer dans le «hic et nunc» !
Ce serait impossible de trouver, peut-être, mais quand peut-on en être certain si on n’a pas été un peu y voir !
Ce serait une illusion de prétendre trouver midi à 14. Eh bien allons y voir pour confirmation, une bonne désillusion ne fait pas de mal dans le fond, encore faut-il aller y chercher, donc…

Ne pas chercher midi à…parce qu’il n’y aurait pas d’explication ou que celle-ci ne serait pas là où l’on croit.
Mais, une fois encore, comment en être sûr si on n’y va pas ?
Ensuite, pas d’explication ! comment soutenir une telle affirmation ? Qu’on ne puisse pas toujours, pas tout, qu’on s’y prenne mal, oui ! mais dire qu’il n’y en a pas, c’est autre chose. Ce serait une abdication de l’esprit que de se refuser de chercher fut-ce un temps par des chemins de traverse ! Il faut aller voir à 14 heures pour s’assurer, avant d’affirmer péremptoirement !
Et le rapport de cause à effet, le principe du déterminisme, le principe de raison suffisante. Il n’y a pas à chercher midi à 14 heures, nier cela serait une sorte d’abdication de l’esprit dans sa passion de savoir, de comprendre… !

«Dieu est mort» (il ne faut plus chercher midi à 14 heures, c’est devenu énoncé courant en notre culture, certes, on a donc rejeté une forme d’explication fondamentale depuis longtemps et encore à notre époque. Mais Nietzsche n’en a pas pour autant rejeté toute recherche, tout fondement, tout sens.
Même si on dit, «il ne faut pas», Dieu est mort, et avec lui tout fondement métaphysique, toute croyance dans les arrières-mondes ; il n’y a pas rien, et c’est peut-être mettre ou remettre de la vérité à sa place ! Il y a le sens que l’on donne ou redonne à chaque fois il y a l’art aussi, qui ne cherche pas toujours midi à midi, et pourtant ! …

Conclusion.

A propos du bonheur :

On dit quelquefois que certains sont malheureux parce qu’ils vont chercher midi à 14 heures, le bonheur dans des lointains, des impossibles idéaux, alors qu’il peut être tout près, tout simplement là, à portée de main, si on sait chercher là où il peut être : le prendre là, maintenant, le cueillir là où il peut être, «carpe diem», c’est bien connu. Ne pas chercher loin, compliqué dans de grandes théories, sophistications. Le bonheur peut-être dans l’avant, l’attente, le désir, ou dans l’après le souvenir d’un temps heureux, oui, peut-être, mais surtout dans le moment, dans l’instant : moins regretter le passé, moins craindre l’avenir, aimer plus le présent.
Œdipe, Ulysse, Épicure…
Trois «détours», Œdipe et ses recherches à travers histoires et oracles, Ulysse et son Odyssée, Épicure et son long détour par sa philosophie de la nature, l’Odyssée des atomes, pourrait-on dire !
Trois arrivées : l’aveuglement pour l’un, Ithaque et Pénélope (la patrie et l’épouse) pour l’autre, la sérénité pour le dernier…Chacun à sa manière a bien cherché midi, mais pour y arriver n’ont-ils pas longtemps tergiversé, cherché où la vérité n’était pas directement ?
Il n’y a pas une méthode, un chemin, (un odos, dit le mot grec) qui s’impose à tous…

On ne va pas se contenter de renverser l’injonction, ce serait trop simpliste et bête :
«Il faut chercher midi à 14 heures». Ou Juxtaposer simplement deux thèses opposées, et voir selon, ou se réfugier dans le paresseux «tout est relatif».
On peut plus positivement retirer deux ou trois leçons de ce parcours un peu «buissonnier».

Tout d’abord, en tout cas en ce qui me concerne, ne pas ou ne plus avoir mauvaise conscience si on se surprend ou si on est pris en flagrant délit (délire ?) de «recherche de midi à 14 heures». À coup sûr ce n’est pas un délit grave, une effraction punissable, au contraire cela peut être excitant, dynamisant, amusant…
C’est aussi faire l’éloge de la prudence (sagesse) quand il s’agit de réfléchir : oser, certes, mais pas n’importe comment, «décoller», mais rester «les pieds sur terre». Certes, les deux à la fois ! …Ne pas se perdre dans les méandres de….

C’est surtout, de mon point de vue tout au moins, faire l’éloge de :
La curiosité,
De l’imagination,
Du farfelu, de la flânerie intellectuelle,
De l’esprit passionné qui cherche jusqu’à plus soif !
De l’affrontement au complexe
Du courage devant l’incertitude,
Du pourquoi pas ?, du peut-être «qui se souciera de ce dangereux peut-être…» écrivait Nietzsche..

«Perte de temps», me disait-on souvent quand j’étais jeune et me lançait devant les grands dans des interrogations et «explications» soupçonnées invraisemblables !
Mais qu’est-ce que perdre son temps ? qu’est-ce que le temps ? Pour répondre à ces deux questions, ne faut-il pas chercher un peu midi à… ?
Car le temps, c’est évident on sait bien ce que c’est, mais si on demande de préciser, d’approfondir !…. le sait-on, Sans tourner un peu autour ?

Certes, l’esprit de sérieux, d’utilité, d’efficacité dira plutôt : chercher midi à midi, et 14 heures à 14 heures !
Mais peut-on l’un sans l’autre ? Peut-on chercher 14 heures si on ne sait pas où est midi? Alors une fois qu’on a 14 !…. et une fois qu’on a 12 et si on possède le système de référence….
Où est midi ?
Si on le sait, pourquoi le chercher ?
Si on ne le sait pas et si on le cherche, c’est bien que l’on en a une certaine idée (tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. Pascal, citant l’Evangile ! à propos de la vérité…)
Si on le cherche, comment savoir si on l’a trouvé ? Quand on a 14, on peut remonter à 12 ? de même que de 12 on va à 14 !

À travers cette expression, c’est bien encore un souci philosophique majeur qui est en jeu : la recherche de la vérité, de ce qu’il en est du réel et de nos rapports entre nous avec lui. Ceci, je crois, ne fait pas de doute, il n’y a pas à chercher midi à 14 heures pour le savoir !
Quel que soit le chemin suivi, chercher ou pas midi à 14 heures, ce qui est en question, c’est la lucidité (chercher parce qu’on veut savoir, voir le réel pour nous), et le courage, pour supporter les conséquences de la recherche : si elle est vaine, vivre avec cette vanité, vacuité… si elle apporte un résultat «dur» (voir la réalité en face), pouvoir vivre avec, sans se dire comme Œdipe dans le fond, «non je ne peux voir ça, je me crève les yeux» !
Lucidité et courage, deux présupposés indispensables à la quête sans illusion du bonheur, auquel on n’accède pas forcément sans détour !

Gilles Troger.                                                                                       février 2011
                                                                                                                                





 

   
 




 

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Published by sophia - dans leçons
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