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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 19:59

Peut-on parler d’expérience virtuelle ? Et si oui, quelle valeur lui donner ?

Par ce travail je cherche à conceptualiser l’expérience virtuelle et plus précisément l’expérience vidéoludique, telle qu’elle se donne en tant qu’œuvre artistique complexe mobilisant tout à la fois des concepts et des représentations.

  1. La première étape de mon travail consiste donc à définir les concepts :

Le virtuel ne doit pas être compris comme du non être mais comme un degré d’être différent de l’être plein qu’est l’actuel et l’effectif.

Définition de l’actualité : ce n’est ni le passé, ni le futur.

Définition de l’effectivité : ce n’est ni le possible, ni le virtuel.

Le virtuel est donc supérieur au possible en ce qu’il mobilise des qualités déjà existantes dans le réel. Il s’appuie sur le réel pour en garder l’armature logique et se déployer à partir de lui acquérant ainsi une vraisemblance qui fait défaut au possible. Surtout, ce que nous apprenons dans le virtuel est également valable dans le monde réel puisqu’il en partage certaines caractéristiques. Est qualifié de virtuel un être ou une chose qui n’a pas d’existence tangible mais seulement un état potentiel susceptible d’être actualisé. En ce sens, le virtuel est bien un type particulier de possible, celui qui pourrait, concrètement s’actualiser.

Denis Berthier, un chercheur contemporain nous propose une définition négative du virtuel à partir du reflet dans un miroir et en nous faisant comprendre ce qu’il n’est pas et en écartant ce avec quoi, trop souvent on le confond :

«Le caractère virtuel du reflet n’est pas de l’ordre de l’imagination

Le caractère virtuel du reflet n’est pas de l’ordre du potentiel

Le reflet a toutes les qualités visuelles d’un objet réel

Le reflet s’impose à notre perception visuelle avec la même force que n’importe quel objet réel

Le virtuel, bien que pleinement actuel, n’existe que relativement à un type déterminé de système perceptif » [1]

Le virtuel n’a pas cette vocation à se réaliser puisqu’il a déjà une pleine valeur sans être. Il ne saurait être plus en étant véritablement. Il n’est pas en tension vers l’être puisqu’il se déploie à partir de lui. Le virtuel ne souffre d’aucun manque, ou plus précisément, il ne gagnerait rien à devenir réel. Il est déjà pleinement significatif dans sa virtualité. Plus encore, seule la virtualité, le fait de ne pas être limité dans l’être lui permet de déployer sa pleine richesse symbolique.

  1. Une fois les concepts fondamentaux déterminés, nous proposons une introduction à la pratique vidéoludique afin de présenter les différents structurant la pratique du jeu vidéo. Ceci est également l’occasion de solliciter un certain nombre de références canoniques et de donner une chronologie un peu plus précise de l’évolution technique du média.

Rodolphe Gelin[2] nous propose de comprendre le virtuel comme la superposition de quatre niveaux dans une progression spécifique qui distingue au fur et à mesure le virtuel interactif des autres situations de virtualité :

  • Un monde virtuel : c’est un univers, réaliste ou non, né de l’imagination d’un créateur. […]
  • L’immersion : cela consiste à vous plonger dans ce monde virtuel en vous offrant la possibilité d’oublier le monde qui vous entoure. […]
  • Les retours sensoriels : […] c’est la vue qui est utilise principalement pour vous immerger dans le monde virtuel mais les quatre autres sens peuvent également être sollicités.
  • L’interactivité : […] Dans un système de réalité virtuelle, vous n’êtes pas seulement spectateur du monde virtuel, vous y êtes acteurs.

J’ai distingué ensuite plusieurs types d’interactivité :

  • Interactivité graphique
  • Interactivité sonore
  • Interactivité haptique
  • Interactivité sociale
  • Intertextualité
  1. Le cadre d’analyse établi, nous examinons les différentes valeurs que peut revêtir l’expérience virtuelle :

« Peut être seront-ils scandalisés de voir un problème esthétique pris avec tant de sérieux, s’il s’avère qu’ils ne sont plus en état de reconnaître dans l’art autre chose qu’un à-coté divertissant ou qu’un tintement de grelots dont pourrait bien se passer après tout, le «sérieux de l’existence»[3]

Notre travail se poursuit par la distinction de trois paradigmes. Ceux-ci, loin d’être exhaustifs sont à comprendre comme des chemins de traverse. Loin d’être un parcours complet, il ne s’agit ici que d’esquisser un paysage conceptuel.

  • Expérience cognitive
  • Expérience esthétique
  • Expérience morale

[1] http://denis.berthier.pagesperso-orange.fr/Articles/JR-Qu-est-ce-que-le-virtuel.pdf

[2] GELIN R., Comment la réalité peut-elle être virtuelle ?, édition Le Pommier, Les petites pommes du savoir, Paris, 2006.

[3] NIETZSCHE F., La naissance de la tragédie, «Dédicace à Richard Wagner», Traduction Haar, Paris, Folio Essais, 1977.

Maxime Sacramento février 2014

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Published by sophia - dans leçons
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