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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 18:48

Avant propos : des expressions communes : j’ai des doutes, à l’ombre d’un doute, sans l’ombre d’un doute….

I- Ce qu’est une ombre, de l’ombre :

- une zone (un espace, un volume) due à l’absence de lumière, ni nuit, ni lumière noire, un entre-deux.

- l'interception de la lumière par un corps opaque que la lumière ne peut traverser.

Il faut donc une source lumineuse (soleil, projecteur, lampadaire), un écran sur lequel est projetée la lumière, un objet entre les deux, l’ombre de cet objet projetée par la lumière sur l’écran.

L’ombre donne donc la forme, la silhouette, les contours de l’objet, mais pas l’objet lui-même, à plus forte raison son contenu. Évocation de l’objet, un tout petit quelque chose de l’objet, de l’évanescent !

Sans objet, pas d’ombre, s’il n’y a pas d’ombre, c’est qu’il n’y a pas d’objet.

L’ombre, indicateur d’être et manque d’être ! «sous-être»... ? !

II. Ce qu’est le doute, douter ?

Le doute est une suspension du jugement, car étant dans l’incertitude on ne peut ni affirmer ni nier la vérité de ce qui est en question à un moment donné : je ne sais pas, je ne suis pas certain, le doute est le contraire de l’incertitude et de la conviction ; «j’ai des doutes» comme on dit, alors je m’abstiens ! Douter, c’est penser, mais sans être sûr de la vérité de ce qu’on pense. Par là, douter, c’est mettre en question, soumettre à la question.

C’est pourquoi, sans doute le doute n’est pas immédiat, spontané, «naturel».

L’attitude commune immédiate est plutôt la croyance, l’adhésion, la «fiance», la confiance dans ce que l’on voit, l’on entend. Douter exige un arrêt, un recul, une rupture, voire un effort.

Ainsi il y a deux sortes de doute, au dire du philosophe Alain :

- le doute contraint, «triste», dit-il, suite à un échec, j'ai été trompé, je me suis trompé, cela ne fait pas plaisir, je dois me mettre en question, j’y suis forcé,

- le doute volontariste, décidé, pour se défaire, déprendre des préjugés, des croyances, de «cette ivresse» qu’est la croyance, comme dit encore Alain ! là aussi il faut faire un effort, ça ne va pas de soi. Ce pourquoi le doute n’est jamais facile…

III. A qui le doute pourrait-il faire de l’ombre ?comme on peut faire de l’ombre à quelqu’un, en l’empêchant d'être lui-même, parce que notre personnalité l’empêche ! qu’est-ce que le doute pourrait empêcher, repousser dans l’ombre ?

A la croyance,

au dogmatisme,

au réel qui serait sur l’écran, l’ombre de l’objet fait écran à l’écran, et l’ombre peut aussi faire de l’ombre à la confiance en l’autre ou en soi, puisqu’on refuse d’adhérer, on met toujours en question, à l’épreuve de la critique…

VI- Ensuite, on peut en venir à «se mettre à l’ombre du doute».

La vérité peut éblouir, comme le soleil, on peut avoir crainte de connaître une vérité, malgré ce que l’on prétend pourtant, alors on se met à l’ombre du doute, comme à l’ombre d’un arbre en plein été, pour gagner un peu de fraîcheur et être moins ébloui ! Inquiété par telle ou telle vérité !

On peut se retrancher derrière le doute, prétexter le doute, pour ne pas avoir à affronter la réalité, ne pas avoir à analyser, par «paresse intellectuelle». Un médecin me communique une très mauvaise nouvelle : non, après tout, peut-être que ce n’est pas aussi grave, il y a des cas où…il y a d’autres investigations à mener, etc.. je suspends mon jugement, en attendant, espérant des jours meilleurs ! on ne sait jamais...!

Ensuite on peut se retrancher derrière le doute, l’incertitude pour ne pas avoir à s’engager, par peur de l’affrontement, de l’échec, de prendre des risques.

Je ne risque pas de me tromper, je reste sur «mon quant à soi», sur mon doute : à l’ombre du doute, je paresse, en attendant des jours meilleurs ou un moment de courage, une crise de courage...

Mais cette «sieste» n'est pas longtemps tenable et me donne le temps de réfléchir !

L’esprit ne peut s’y satisfaire, lui qui se nourrit de recherches, de vérité, qui a besoin de certitudes pour voir clair, de convictions pour agir.

Et le doute trop cultivé, ressassé, peut devenir pathologique ! Alors je quitte le doute de type dogmatique qui en ferait le stade ultime de la pensée, comme certains sceptiques pour m’atteler au doute méthodique, au doute «outil», moment de la recherche de la vérité, pour obtenir quelques certitudes indispensables.

C’est l’entreprise cartésienne (Descartes, ce cavalier seul qui partit d’un si bon pas!), qui consiste à douter de tout absolument, pour arriver à une certitude absolue contre laquelle les plus extravagants essais des sceptiques ne pourraient rien : c’est la certitude du «cogito», puis de Dieu, puis du monde.

Et là, on peut dire, affirmer «sans l’ombre d’un doute», même pas un signe, une évocation, une silhouette de doute, vraiment absolument aucun doute..d’ailleurs s’il n’y a pas d’ombre c’est qu’il n’y a pas d’objet entre la source lumineuse et l’écran !

Les deux opposés sont bien en effet le doute et la certitude..le doute, je ne sais pas, je ne suis pas certain, la certitude :je sais, je suis sûr !

A défaut de doute cartésien, épreuve s’il en est, et de certitudes comme celle du cogito, on peut se contenter du doute du type scientifique (nécessaire à l’épreuve expérimentale, mais dont le savant sort par cette même épreuve) et des vérités relatives de l’objectivité objective, avec les garanties de la méthode expérimentale. Certitude relative, mais certitude tout de même. Et il y a l’usage que l’on peut faire quotidiennement de l’esprit critique, devant les croyances, les opinions diverses qui nous inondent.

On ne sort de l’ «ivresse de la croyance», comme dit Alain, que par le doute, et on ne peut sortir du doute que par le sommeil ou l’action! Le sommeil, non, car «les monstres reviennent», et on est sous l’emprise du monde éveillé qui nous domine !

L’action, certes, encore faut-il qu’elle soit éclairée, préparée, entretenue par l’esprit critique et donc avec l’outil du doute.

On ne peut, sans l’ombres d’un doute, se passer du doute !

Car, comme le disait Alain dans un texte bien connu, «le doute est le sel de l’esprit».

On sait que le sel a deux fonctions :

- la conservation :à l’époque où le réfrigérateur n’existait pas, on conservait la viande en état de consommation dans du sel, dans une grande jarre. Ma grand-mère mettait une couche de sel, une couche de lard, une couche de sel et ainsi de suite..la viande était protégée de la corruption.

- La sapidité, le sapide, le sel est aussi ce qui donne goût aux aliments. Donc sans le doute, l’esprit se corromprait, perdrait de son essence de chercheur de vérité et deviendrait insipide.

Mais avant de consommer la viande, il fallait la dessaler et ensuite pour la dégustation, le repas, la resaler légèrement : pas de sel, non ; trop de sel, non, il faut savoir doser, c’est tout le travail de la cuisinière et de l’esprit !

Le médecin, pour l’organisme, conseille plutôt le régime sans sel !

Non, en tout cas pour l’esprit, je choisis sans l’ombre d’un doute, le régime avec sel, quitte à me reposer parfois à l’ombre du doute. C’est mon éthique : douter toujours, y compris du doute lui-même.

Salaison, dessalement, équilibrer son régime : douter, l’usage du doute est un art, entre trop et pas assez de doute, non, trop de doute, non.

Mais avoir toujours le doute comme possible. Le doute comme principe de précaution contre la croyance et la bêtise, comme principe de sagesse, à condition de savoir douter en cultivant un régime. Sortir de la sieste à l’ombre du doute, pour cela sortir du doute en trouvant des certitudes, sur lesquelles s’appuyer sans l’ombre d’un doute, en toute certitude !

Ceci dit en conclusion sans l’ombre d’un doute !

SOPHIA, le jeudi 14 janvier 2016. Gilles Troger.

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Published by sophia - dans leçons
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