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Le pouvoir est une notion très générale qui recouvre des réalités multiples.(du pouvoir du vent sur une girouette…jusqu’au pouvoir judiciaire…). Mais quand on parle de pouvoir ou même plus précisément du pouvoir, peu de doute, il s’agit la plupart du temps du pouvoir politique, c’est lui qui est visé, et inutile de dire dans quelle intention !

Il doit avoir du bon, quand on voit l’intérêt qu’on lui porte : pour y accéder quand on ne l’a pas, pour le conserver quand on l’a, pour s’en plaindre quand on en pâtit, ou simplement parce que c’est un rite. Qu’y a t-il donc dans cette chose pour qu’elle soit aussi désirable, fascinante ? Qu’y recherchent ceux qui courent après ou autour comme des chiens de garde autour d’un troupeau ? Les raisons, les motivations les mobiles ne manquent pas: le bien public, l’intérêt général que n’est-on pas prêt à sacrifier pour toi! l’ambition, la passion «rien de grand ne se fait sans passion(s)», écrivait Hegel, et on sait l’intérêt que les hommes politiques accordent aux philosophes !

Mais ce n’est pas à Hegel que je penserais d’abord et le plus. Me viennent à l’esprit Berkeley et Nietzsche.

Berkeley, philosophe irlandais d’origine anglaise du 18ème siècle, pour ce philosophe, la seule réalité des choses, c’est d’être perçues :«esse est percipi» être, c’est être perçu.Je ne nommerai personne, par respect ou crainte de la censure !.., mais on sait bien qu’il y a des hommes ou des femmes, qui ont besoin d’être vus, donc de se montrer pour être sûrs d’exister. Il leur faut paraître, apparaître, sinon ils craindraient d’être oubliés et de ne plus exister pour les autres et finalement pour eux-mêmes ! Et pour ce faire la chose politique est une scène remarquable, un lieu privilégié de l’exercice de «la comédie humaine». On a l’impression que certains ont besoin de cela, être vus, se donner à voir : dès qu’il se passe quelque chose, surtout s’il y a un peu d’émotion dans l’air, on appelle journalistes, micros, caméras, et on se précipite là où se déroule l’événement. Pour faire quoi ? peu importe, (je suis mauvaise langue sans doute) il suffit d’y être vu, ce qui est une preuve de l’existence -«être, c’est être perçu» -«je suis vu donc j’existe»- à n’en pas douter, c’est un des attraits du pouvoir (même s’il n’y a pas que le pouvoir politique et les hommes politiques qui soient concernés..) .D’où tous les rapports entre le Pouvoir, l’image, les médias, ce pourquoi,il y a bien longtemps, Platon se méfiait des images, que ne dirait-il maintenant ?

Nietzsche, philosophe allemand du 19ième siècle, souvent mal lu, incompris, diaboliquement utilisé, parlait de «la volonté de puissance» : la volonté qui s’affirme comme telle, qui jouit dans cette affirmation de soi : «je veux, je me veux, donc je suis», en quelque sorte ! L’homme politique s’affirme ainsi souvent: «je veux, je veux». Quoi, pour quoi ? Peu importe (je suis toujours un peu de mauvaise foi !), l’essentiel c’est que je me veuille comme être voulant ! La jouissance d’être, ce qui est essentiel dans son sentiment d’exister, passe par cette «volonté de puissance», l’affirmation de son être en tant que volonté.

Voilà ce qu’il y a de si bon dans le Pouvoir et ses alentours : la possibilité d’être perçu à un très haut niveau et d’affirmer sa volonté de puissance, dans l’intérêt général, ce qui lui donne un surcroît de légitimité.! C’est une interprétation qui en vaut d’autres et que d’autres valent…! Jouir d’être vu et d’affirmer sa volonté.

Qu’est-ce qui fait courir les hommes (et les femmes, je ne voudrais pas être accusé d’inégalitarisme !) ? c’est tout simplement l’«esse est percipi» et la «wille zu Macht».

Allez dire ces choses aux hommes politiques, ils ne vous croiront pas, vous prendront pour un «délirant», au pire vous feront un procès et vous feront jeter en prison ! Ce qui illustrera la thèse, puisque les caméras ouvriront leurs zooms pour «faire voir» ces pauvres victimes d’un intello à l’esprit tordu, après avoir affirmé «je veux, je veux, je veux… qu’on sache la vérité !»

La vérité c’est que cette thèse est peut-être contestable, mais peut-on démontrer qu’elle est fausse. Qui peut nier que tel ou tel homme politique contemporain n’entre pas dans l’une ou l’autre des deux catégories, voire les deux ! derechef je ne donnerai aucun nom, j’ai trop de respect pour la chose politique, je dirai tout simplement : «suivez mon regard», et je dodeline de la tête d’un côté puis de l’autre, me contentant de rester au centre de mes incertitudes !

Ah ! que le printemps est beau quand en plus des fleurs des champs fleurissent les «esse est percipi» et l’expression de la «wille zu Macht».

Nous avons été gâtés en ce printemps de l’an de grâce 2012 ! Les dieux et les vents nous furent favorables !

Il ne manque plus maintenant qu’un «baroqueux» ou un Wagner pour mettre tout cela en musique !..

Il faudrait ajouter ceci : «pour une chose», être : c’est être perçue : autrement dit, celui qui n’existe qu’en étant perçu veut être traité comme une chose ! Par ailleurs,c’est l’impuissance qui veut…la puissance : avatar de la volonté de puissance (la puissance qui ne refuse pas de vouloir ce qu’elle peut) Bayreuth ou Beyrouth? Il y a ruine et ruine…

Gilles Troger                                                                                          Juin 2012

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