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le respect

 

Je me suis intéressé au respect car cette notion est malheureusement galvaudée depuis des années, rappelée lors des problèmes des banlieues, pourtant valeur universelle et fondamentale, obligation morale qui permet aux hommes de vivre en société.

Définition et objets du respect :

Le respect du latin respectus : égard ou considération que nous avons pour quelqu’un ou quelque chose, concerne des réalités qui nous apparaissent comme vraies. Ce dont la réalité, qui existe en dehors de nous, importe pour soi et est peut-être perçue différemment par les autres nous l’appelons vrai : le vrai étant le rapport de notre pensée avec la réalité.
Que respectons-nous ? Nous pouvons répondre d’emblée : «ce qui a de la valeur pour nous». Par l’usage du terme respect nous sommes confrontés à une pluralité d’objets à respecter : d’abord et en priorité soi-même, non le respect de sa propre personne mais le respect de l’humanité en soi et l’estime de soi rend capable de respecter les autres dans le cadre d’une égalité ou dans celui d’une hiérarchie : ainsi nous respectons nos parents, nos frères, nos amis, nos collègues, une autorité, des supérieurs mais également des choses culturelles : des coutumes, des règles, des rites, des lois ou des principes, des traditions, les opinions et les croyances de chacun et enfin des choses naturelles, les lieux publics, l’environnement, la nature, la vie, etc.
En cela nous ne dirons pas avec Kant que le «respect s’applique uniquement aux personnes, jamais aux choses».
Je me suis attaché au respect des personnes et à ce titre on confond trop souvent le respect de la personne en soi avec le respect de son attitude, de ses idées ou de ses actes. Or si le premier est une obligation morale, l’autre non : les opinions et les comportements intolérables doivent être traités par le mépris : racisme, sexisme, fanatisme, veulerie, tromperie, égoïsme, violence car si le respect marque notre reconnaissance d’une incontestable valeur d’autrui, la conduite de certaines personnes mérite indubitablement notre mépris. Il faut donc distinguer dans le respect lui-même une généralité abstraite qui est un devoir majeur : le respect de l’humanité en la personne et le respect particulier concret qui est un sentiment que nous ressentons envers certains êtres humains : ceux qui par leurs vertus suscitent notre reconnaissance (c’est à dire que l’on se reconnaît en eux).
 

Le respect en tant que devoir


Nous venons de voir que le respect a toujours le vrai comme objet, et le paradigme en est évidemment l’être humain, dont la dignité est irréductible à toute réalité bonne ou mauvaise. Nous devrions distinguer d’abord en la personne son essence, sa valeur absolue en tant qu’être humain au-delà des contingences particulières qui la caractérisent, son existence et ce qu’il en fait important peu. Le manque de respect envers quelqu’un quel qu’il soit ne peut que susciter l’indignation, le sentiment de l’inacceptable. Le respect est donc un devoir : respecter tous les êtres humains, y compris ceux que leurs actes rendent indignes même le pire criminel est un impératif catégorique. Ce que nous devons respecter en eux c’est "la valeur universelle de l’humanité traitée comme une fin et jamais comme un moyen" (Kant) incarnée dans leur être.
Qui avons-nous naturellement tendance à respecter ?

Evidemment celui qui nous ressemble, qui a les mêmes valeurs, or est-ce que cette reconnaissance du semblable relève d’une évidence sensible ? Est-ce qu’autrui ne peut être rigoureusement semblable à moi que sur un plan formel ou est-ce que mes goûts, mon opinion, mes convictions religieuses, mon appartenance culturelle peuvent donner lieu à une similitude ? Nous constatons que la reconnaissance du semblable est d’ordre empirique et renvoie à une identité d’ordre psychologique, idéologique ou culturelle. En conséquence nous avons plutôt tendance à poser une ressemblance marquée par la particularité : autrui est mon semblable en fonction de mes particularités. Cette tendance naturelle qui nous amène à respecter d’abord ceux qui nous ressemblent est pernicieuse. Elle est à l’origine du racisme, de l’ethnocentrisme  et de toute autre forme d’intolérance. Ceci s’est confirmé de tout temps avec souvent des conséquences dramatiques : pensons au mépris de Grecs pour les Barbares, de l’aristocratie de l’Ancien Régime pour le Tiers Etat, au régime hindouiste des castes et au mépris pour les intouchables, à l’apartheid en Afrique du Sud, au mépris des W.A.S.P. (White Anglo-Saxons Protestants) pour les Noirs aux Etats-Unis, au mépris des religions pour les infidèles, à l’homo phobie, au mépris de ceux qui gagnent beaucoup pour ceux qui gagnent peu etc. Ne faut-il pas poser que le respect devrait plutôt à l’égard d’autrui se concentrer sur les différences ? Mais toutes les différences ne doivent pas forcément être respectées si l’on songe au fascisme qui méprise les races qu’il prétend inférieures ou aux cultures qui déclarent l’infériorité de la femme.
C’est alors la tolérance qui prend le pas sur le respect dans le cadre du respect des différences. Le fasciste ou le raciste dans une société démocratique par exemple font valoir la tolérance d’une façon cynique en affirmant que toutes les opinions se valent : en conséquence l’opinion qui déclare que toutes celles qui lui sont différentes sont inférieures n’a pas moins droit de cité que les autres.
Le respect de la différence ne s’expose-t-il alors à tolérer l’intolérable alors qu’il pensait- au moins parvenir à instaurer une tolérance des différences ? Il faut donc faire la distinction entre une tolérance complaisante et une tolérance dynamique : la première se caractérisant par la possibilité de «vivre à côté» et la seconde de «vivre avec». A la réflexion il apparaît que nous devons nous obliger à respecter autant notre semblable que notre dissemblable.  "Aimez-vous les uns les autres" prescrivent les religions, facile à dire, mais si nous avons des obligations, en particulier de respect à l’égard d’autrui quel qu’il soit, il y a très peu de personnes que nous pouvons aimer. L’amour est un sentiment singularisant et ne se décrète pas.
«Respectez-vous les uns les autres» serait un précepte plus facile à suivre car le respect est universalisant et un devoir qui s’impose par la raison.

Le respect en tant que sentiment

Le respect relève d’une attitude morale et subjective qui consiste à prendre en considération dans la détermination de nos actions autre chose que nos désirs. Le respect dans ce cas est le sentiment qu’il y a des personnes ou des choses qui ont autant ou peut-être plus de valeur que nos désirs si bien que nous devons limiter ceux-ci pour faire droit à ceux-la. En limitant nos désirs nous élargissons le champ de la valeur qui ne se limite plus à notre individualité. Nous limitons notre désir par respect du désir d’autrui. C’est pourquoi le respect en tant que sentiment est complexe car l’intérêt individuel fait place à un intérêt pour autrui. En outre il ne faut pas sous-estimer le fait que le respect parce qu’il nous amène à nous limiter n’est pas quelque chose à quoi nous consentons facilement, c’est à dire sans effort ou par inclination. La diversité morale des humains est infinie : observez les gens et réfléchissez à l’impression qu’ils font sur votre sensibilité en fonction de votre jugement moral. Vous reconnaîtrez parfois des êtres sublimes qui forcent le respect, qui semblent capables de donner leur vie par amour ou s’être appropriés l’impératif de "vivre dans la vérité" ou plus simplement des gens qui ne semblent pas prêts à faire n’importe quoi pour obtenir ce qu’ils convoitent, mais vous pouvez aussi rencontrer des individus qui ne se distinguent les uns des autres que par des degrés différents dans l’abjection. Nous pouvons les classer arbitrairement en deux catégories qui sont deux modalités du mal (notion relative mais que nous pouvons nous accorder à définir par : ce qui tend à détruire ou nier la vie). Les abjects qui sont prêts à n’importe quoi, et les sordides qui ont décidé que la vie n’était que trivialité et devait être trivialement assumée. Tous ces gens ne peuvent qu’inspirer du mépris et ne donnent assurément pas le sentiment de la dignité humaine bien qu’ils soient, comme tous les autres humains, des représentants de l’humanité. Mais si nous devons les respecter en tant qu’êtres humains, nous devons être intolérants envers leurs idées et leur comportement. Cette division en deux catégories pourrait être affinée mais est suffisamment opératoire pour montrer que le principe du mal est toujours au service de l’intérêt, selon qu’il est porté à son accomplissement qui est le basculement dans la jouissance pour les abjects ou selon qu’il ne souffre aucune limitation pour les sordides.

Savoir que le principe du mal est toujours au service de l’intérêt est décisif notamment quand nous pensons à l’impossibilité de vouloir le mal pour le mal à moins d’être diabolique (ce que l’homme n’est pas dit Kant) corrélée à la possibilité d’être quelqu’un de mauvais. Et être mauvais nous en avons tous l’expérience : elle est le plus souvent celle de l’abjection car l’expérience du sordide est plus subtile parce qu’elle se double de la bonne conscience se déniant elle-même comme expérience du mal. De sorte qu’il faut opposer l’abjection non pas au sordide mais à l’ignominie : position de celui qui atteste par sa conduite que la question d’honneur humain n’a pas de sens. On pourrait nommer cet honneur propre à l’humain, (être de dignité dont la réalité ne compte dès lors pas) : service de la vérité par opposition au service de l’intérêt.
Ces gens quand on les considère dans leur sensibilité sont aussi des gens qui respectent : le pire des criminels, s’il ne respecte pas la dignité de ses victimes, respecte la force ou la puissance sociale. Ce en quoi il est bien abject ! car l’abjection n’est pas le fait d’être criminel qui est plutôt une misère morale et spirituelle, c’est d’être criminel dans un a priori qui est celui du respect. Reste que les gens mauvais, (et tous les méchants le sont), ne sont pas tous méchants (les égoïstes par exemple)  et sont sensibles aux arguments économiques mais pas aux arguments moraux. Cette sensibilité peut être réfléchie par une maxime dont le paradoxe est qu’elle soit formellement la maxime de l’éthique selon Lacan : «ne pas céder».
Car tel est l’enjeu quand on pose le problème en terme de morale : a-t-on été complaisant à l’encontre du statut moral qui nous définit d’être sujet de notre propre vie ?
Les abjects et les sordides sont bien des personnes qui ont décidé qu’il fallait céder sur ce statut. Les abjects sont prêts à faire n’importe quoi pour satisfaire leur intérêt et pour les sordides, c’est leur appréciation du sérieux des choses qui les incite à ne jamais rien décider. Mais que ce soient l’intérêt ou le sérieux des choses les motivent, c’est une décision et par conséquent un acte ! Et là ils ne cèdent pas. Impossible de les convaincre que la notion de dignité a une réalité : c’est à dire qu’elle interdit une existence abjecte ou sordide.
On peut conclure que si tout homme doit formellement être respecté, il n’est pas toujours respectable mais qu’ainsi, limité sur le plan de la rencontre avec autrui, le respect ne peut pas nous apparaître exorbitant en son exigence universelle et on doit reconnaître son caractère idéalement nécessaire à nous rendre plus heureux dans nos rapports avec les autres et avec nous-mêmes.
                                                                                                                                   J.F.BOYER                                                                                      octobre 2006

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