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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 20:24
  • Pour mémoire, en présentant une réflexion sur le communautarisme, j’ai cherché à tisser la liberté qui est au cœur de la définition moderne du sujet selon laquelle l’homme a une culture avec l’appartenance communautaire, concept qui façonne une conception plus traditionnelle du sujet qui affirme que l’homme est sa culture, à l’instar du philosophe romantique Herder pour qui le génie national irrigue toute conscience malgré elle. J’ai cherché à concilier ces  deux concepts car d’ordinaire, et de façon caricaturale, on les oppose, les républicains méprisant ce qui s’apparente à leurs yeux à du folklore et les communautariens/communautaristes, quant à eux, peinant à reconnaître le droit pour tout individu de mettre son appartenance communautaire à distance. Or ces deux concepts me semblent porteurs chacun d’une part de vérité à laquelle il est légitime de faire droit.

Il s’est agi par conséquent de remettre en question le préjugé ancré chez les républicains suivant lequel la communauté est forcément enfermement dans une tradition réduite au local, au provincial qu’il s’agit, à l’extrême, d’éradiquer afin de bâtir un esprit national fondé sur l’instauration de la raison et de ses principes universels. Contre une telle orientation radicale, on doit pouvoir exprimer et cultiver l’appartenance à sa communauté d’origine au sein de l’espace public en toute liberté, conformément au principe libéral d’une société individualiste et pluraliste. Il faut rappeler que la communauté donnent aux individus une mémoire, une assise, un ancrage dans la tradition bref une filiation qui les lie et les rend fraternels dans la mesure où on se sent proche de celui avec lequel on a du commun, celui avec lequel on forme un nous comme le rappelle R. Debray dans Le moment fraternel, Gallimard, 2010. La communauté donne cette chaleur que les sociétés modernes ont du mal à produire du fait du processus d’atomisation dont elles sont l’objet. Il y a un fait communautaire incontournable qui est l’impensé de la pensée moderne héritière des Lumières nous rappelle le philosophe.

Mais il convient de rappeler aux communautariens/communautaristes que l’affirmation de son appartenance à une communauté particulière au sein de l’espace public contient ses propres dérives dès lors qu’elle implique d’écarter la possibilité de cette distance à soi qui définit ce qu’il y a de meilleur dans la conception moderne du sujet. Nous ne sommes pas notre communauté au sens où elle définirait notre essence. Notre communauté n’est pas notre code, ce que n’admet pas le communautariste qui refuse de mettre ainsi sa communauté à distance de soi et qui s’enferme de ce fait dans une attitude radicale qui ne souffre aucun compromis, aucun accommodement. Le communautarisme a donc des limites qui sont non négociables dans le cadre d’une société moderne qui fonde le vivre ensemble sur la valeur de liberté individuelle.

Les sociétés modernes occidentales individualistes sont confrontées à la question des communautés du fait du multiculturalisme. Le défi qu’elles rencontrent est toujours le même : comment des sociétés plurielles, avec en leur sein une grande diversité culturelle du fait des multiples appartenances communautaires, comment ce genre inédit de société peut-il créer ce minimum de commun sans lequel il n’y a pas de société mais une simple juxtaposition d’individus ?

Certaines y parviennent plus ou moins, selon des modèles très différents les uns des autres et d’autres connaissent de véritables difficultés, la Belgique récemment par exemple.

Le principe de la solution est pourtant connu : il s’agit de combiner l’un et le multiple, l’un car sans un minimum de commun partagé point de vivre ensemble, le multiple car sans la reconnaissance de la diversité, en l’occurrence des diverses appartenances communautaires, l’individu se sentira méprisé dans la mesure où l’appartenance revendiquée à une communauté affirme quelque chose de son identité et ce quoi qu’on en pense.

Combiner, concilier, accommoder, en cherchant sans fin à tisser ensemble l’un et le multiple pour qu’un minimum d’unité existe sans pour autant qu’elle conduise à l’absorption sans reste de la diversité. Projet politique d’envergure lorsqu’on en aperçoit toutes les difficultés car une véritable combinaison exige que chacun des termes soit reconnu en tant que tel tout en étant limité. Jusqu’où aller dans l’expression de sa communauté sans que cela ne remette en question l’unité et quelle limite conférer à cette dernière pour ne pas qu’elle soit mutilante. Platon avait sans doute raison de comparer l’art politique à l’art du tisserand.

Pour finir, citons l’historienne Mona Ozouf, spécialiste de la Révolution, qui raconte dans son dernier livre paru en 2009 chez Gallimard son itinéraire de vie qui me semble emblématique.

Le sous-titre de son livre est Retour sur une enfance bretonne. En effet elle nous conte l’histoire de ses origines bretonnes, elle évoque son très vif attachement à cette terre, à cette géographie, à la mer, à sa culture, à sa langue qu’elle parle et connaît bien. Elle montre comment ses parents lui ont transmis ce patrimoine, ces traditions qui ont fait la Bretagne aux cours des siècles. Beaucoup d’émotions, toute une sensibilité particulière qui s’est ainsi forgée grâce à cet héritage.

Mais elle raconte aussi sa formation intellectuelle à l’école républicaine et surtout elle évoque le refoulement dont son origine bretonne fut l’objet, notamment dans le cadre de son militantisme politique au Parti Communiste.

Pourtant cette appartenance est constitutive de son être et ce retour réflexif qu’elle effectue sur elle-même et sur ses origines dans ce livre démontre comment finalement elle a su composer ces deux traditions pour être ce qu’elle est. D’ailleurs son livre s’appelle : Composition française.

Composer, tel semble être le principe suprême. A chaque société d’inventer sa propre composition et sa manière originale de tisser.

Pierre Breton

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by sophia - dans leçons
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