Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 18:46

 

VARIATIONS SUR DES FIGURES DE L’HUMAIN

Le philosophe allemand E. Kant (1724-1804) nous explique que finalement le domaine de la philosophie se ramène à la question : «Qu’est-ce que l’homme ?» (en réduction de trois autres questions : «Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer?» Il s’agit donc pour le philosophe de penser l’homme, d’exercer son entendement, sa raison sur l’homme, en ayant comme horizon quelques questions majeures.

Pour penser, il est nécessaire de s’orienter, de se donner des points de repère, de se faire un chemin (un «odos», en grec, ce qui donnera «méthode», un chemin pour aller un peu plus loin, au-delà). Kant a d’ailleurs écrit un opuscule en 1786 : «Que signifie s’orienter dans la pensée ?». S’orienter, c’est-à-dire trouver l’orient, à partir d’un point trouver les autres, à partir d’une région du ciel trouver les autres, à partir du soleil levant -ce que l’on commence par voir au réveil– trouver les autres points cardinaux, et se situer, et mesurer l’heure, trouver la bonne heure, le bonheur, et examiner le chemin parcouru.

Pour nous orienter, en arrivant dans une ville, au milieu d’un panorama à découvrir, on nous propose une table d’orientation, c’est l’objet à consulter, le texte à lire pour connaître le lieu et savoir ce que l’on peut en faire. C’est comme un fil d’Ariane conducteur dans les dédales de l’ignorance, de l’incertitude, du doute, de l’obscurité, pour arriver à un peu de lumière, de lucidité (la lumière du soleil de l’orient).

Quelle peut être cette table, à partir de laquelle s’orienter ? Là, je quitte Kant et son propre chemin, pour en imaginer et en proposer un autre. L’hypothèse est de prendre pour point de départ la table, comme chose et comme nom, de s’orienter à partir de cette table-là. Les orientations de la table. Esquisser un penser de l’humain en prenant appui sur cet objet et sur ce qu’il peut nous donner à dire. La table de l’éveil. Proposer quelques figures. La figure, c’est d’une part le visage, ce que l’homme montre de lui, et d’autre part, c’est une sculpture, ce que l’homme fabrique, crée.

La table est pour chacun de nous un objet fabriqué, familier, quotidien. C’est de la matière –marbre, bois, lisse, rustique– façonnée, formée par la main de l’homme. C’est la stabilité dans le champ perpétuellement changeant de nos occupations. Nous la voyons sans même nous en apercevoir, nous l’utilisons sans même y prêter attention (ce qui est souvent la rançon de la familiarité). C’est une nécessité-là, point c’est tout. Nous accomplissons nombre de gestes conscients sur fond de cet objet dont nous sommes à peine conscients. La table est comme un être-là indispensable dont nous serions comme dans un fréquent voire perpétuel oubli. Un jeu d’absence et de présence. Certes, nous la voyons, la lavons, l’essuyons, mais est-ce bien d’elle qu’il s’agit ? Ne s’agit-il pas plutôt de ce qui va s’y passer?

Au petit matin, au moment du réveil, de l’entrée réitérée dans le monde de la réalité, quand nous nous extirpons de la douce et chaude jouissance du sommeil, nous tâtonnons, cherchons à l’aveuglette la montre qui ne serait pas là sûrement à la portée de la main s’il n’y avait la table de nuit (que l’on appelle aussi table de chevet) à laquelle nous ne pensons pas.

Quelques instants plus tard, c’est l’heure de la première dégustation. Tout est disposé, là : le café, le thé, le jus de fruit, la confiture, le pain, etc. sur la table à manger sans laquelle rien de tout cela ne nous serait offert dans son ordre rassurant.

Puis vient l’heure du travail. Ce sur quoi nous oeuvrons, ce sur quoi sont disposés les objets, les outils que nous manipulons, c’est souvent une table ou quelque chose qui a la configuration d’une table. A l’heure de la pause, de la détente, c’est encore autour d’une table que nous nous rafraîchissons, tapons une partie de cartes. En ce moment même, il nous faut x tables pour philosopher ensemble. L’énumération ne peut ni ne doit être exhaustive. La table est une évidence empirique. C’est une banalité.

Qu’y aurait-il donc à en dire, qui plus est à en penser ? C’est une sorte de «ça va de soi» qui, une fois constaté dans sa présence et son utilité, ne mérite pas plus d’attention. Certes l’artisan et l’industriel peuvent en dire long : le matériau, les formes, les techniques de fabrication. Le commerçant y a grand intérêt, qui l’expose dans sa vitrine, qui la promène dans les foires de printemps ou d’automne, qui en vante les usages multiples, les commodités, le rapport qualité/prix, voire l’esthétique. Le concepteur de catalogues lui aussi fait preuve d’ingéniosité pour que l’on regarde bien au moins une fois cet objet qui sera ensuite la plupart du temps recouvert d’autres préoccupations qui le feront quasiment oublier.

Cependant cette banalité peut attirer l’attention quand on remarque le nombre de qualificatifs dont elle est affublée, du nombre d’expressions dans lesquelles elle est nommée. La table devient alors objet de langage et par là accède à un autre statut. Elle devient signe, indice, symbole, métaphore, qui sont l’univers proprement humain. Nous passons de la table constatée à la table interprétée. Cette présence et cette permanence insistantes ne peuvent être l’effet d’un hasard. On peut certes y voir l’effet d’une sorte de nécessité purement pragmatique, empirique. On ne va pas faire tout un plat d’un objet dont l’utilité est avérée sans conteste. On ne peut en douter. Malgré les extravagances des plus sceptiques, tabula est –la table est. La table est dite.

L’hypothèse choisie est que cette banalité/diversité –une fois entrée en langage, en signifiant/signifié– ses points de vue multiples, ses sens propres, ses sens figurés, ses métaphores...peuvent donner à penser, à réfléchir, si tant est que la réflexion soit toujours une pensée au second degré au moins, qui dépasse l’immédiat et les données les plus apparentes. Donner à penser, mais comment et à quoi ? En procédant à quelques variations (métaphore musicale). En partant de l’objet, en passant à la métaphore, au sens, nous arrivons à quoi, à qui plus exactement ici ? A l’homme, tout simplement, si on peut dire, celui par qui du sens est donné. Non pas à tout l’homme ou au tout de l’homme, il y faudrait toutes les leçons de philosophie passées, présentes et à venir, et encore ! A l’homme, en prenant la table (objet et métaphore) comme enjeu ou comme indices d’enjeux de quelques-unes des figures typiques de l’humain. Que lire de l’homme en lisant la table ?

La table n’est pas un objet philosophique, la métaphore n’est pas un concept, ou pas encore. Un modèle qui m’a inspiré au départ de mon hypothèse n’est pas non plus philosophique. Il s’agit de S. Freud, inventeur de la psychanalyse, qui, de son propre aveu, n’était pas un philosophe (d’ailleurs il ne les aimait pas forcément), mais dont l’œuvre a beaucoup «excité» la pensée philosophique du siècle, soit pour s’en réclamer, soit pour s’y opposer, ou tout simplement polémiquer et s’enrichir. Et il s’agit, chez Freud, de deux catégories qui, dans sa représentation du psychisme humain et dans la compréhension du comportement humain, ont une importance capitale : le principe de plaisir et le principe de réalité.

En bref, on peut dire qu’il y a là deux logiques qui animent le comportement humain. Un principe, c’est ce qui est premier, ou commencement, et ce qui est visé, par conséquent ce qui est toujours actuel –présent et en acte– pour aller du commencement à la fin, pour «actualiser», réaliser la fin poursuivie. Dans le sens où Epicure dit que la recherche du plaisir est le principe de la vie bienheureuse.

Le principe de plaisir. L’homme, dans son être global, physique, psychique, social, recherche le plaisir, c’est-à-dire d’une part, en premier lieu, la suppression des tensions des pulsions, qui sont mal-être, douleur, souffrance, et, d’autre part, en second lieu, la recherche de ce qui pourrait accroître la satisfaction, ou en procurer de nouvelles. Une dimension négative et une dimension positive, en quelque sorte. Ce principe serait d’abord et surtout la «loi» du désir, et pour une bonne part de l’inconscient qui ne connaît ni contradiction, ni temps, ni morale, loi qui ne reconnaîtrait qu’elle-même et ferait volontiers fi de toute autre loi (comme on peut le voir dans les rêves par exemple). Refuser ce principe serait à la limite refuser la vie, se refuser soi-même, ce qui conduirait à la mort, sauf à sublimer.

Le principe de réalité. L’être de l’homme est un être dans un monde, au cœur d’une réalité, qui a aussi son principe, sa «loi». Dans la fuite du déplaisir et la recherche du plaisir, l’être désirant de l’homme rencontre des obstacles, des objectifs contraires aux siens, ce peut être les nécessités de la nature, les normes sociales, morales. C’est le principe de réalité, dont on est bien conscient. Le refuser serait refuser purement et simplement le monde tel qu’il est avec tous ses «il faut» et «il faut bien».

Nous comprenons facilement que ces deux principes, tels quels, sont immédiatement et viscéralement antagonistes. Deux lois contradictoires, tout au moins contraires. Nous en faisons quotidiennement l’expérience d’une manière plus ou moins tendue. Cela peut aller du simple conflit interne entre un désir et un devoir, ou le désir de l’autre, en passant par des crises d’angoisse, jusqu’à la violence la plus démesurée. Il nous faut alors trouver des arrangements, des compromis, pour faire coexister ces deux principes. Car si on ne peut vivre sans plaisir, on ne peut vivre non plus sans tenir compte de la réalité. Ni se refuser, ni refuser le monde. Ou alors c’est la pathologie, qui est d’ailleurs encore une manière de compromis. «Ainsi entre les élans et les multiples objectifs du désir, le monde dont je fais partie interpose ses arguments et ses obstructions». (Philip Roth, Professeur de désir, Gallimard, 1979).

Il suffit de regarder le visage d’un homme lorsque le contentement l’envahit, ou lorsque le réel s’oppose à ses désirs, ou lorsqu’il est en butte à la recherche d’un compromis. La joie «transfigure»; le souci, l’angoisse, la colère «défigurent». C’est vrai pour l’être singulier, c’est vrai pour l’être social. La fête d’un côté, la manifestation devant une entreprise qui ferme de l’autre. Comment être heureux quand nous sommes la scène sur laquelle les deux principes s’affrontent ?

Adonnons-nous à quelques variations, à quelques mises en scène de cette Odyssée de l’humain en nous appuyant fermement sur la table. Suivons la table –chose et mot– pour y trouver quelque ordre, quelque indice d’ordre, comme on consulte une table des matières ou une table alphabétique, pour s’y retrouver dans le dédale de cette Odyssée.

Commençons par le plus immédiat, le plus simple, pour aller vers le plus complexe.

A l’heure de mettre ou de dresser la table, de passer à table, l’homme se comporte comme un animal cultivé. Il prolonge et assume sa nature première en passant à la culture. L’homme est un corps, il a des besoins vitaux à satisfaire, notamment se nourrir, manger, boire. En répondant à ces besoins -qui se manifestent en tensions douloureuses- autour d’une table, il y a comme une transmutation de l’instinct sauvage en convivialité domestiquée.

Dresser la table, c’est instaurer un ordre qui ne va pas de soi, si on laisse chacun à la logique de ses propres besoins. Un ordre qui se veut, maîtrise d’un retour toujours possible de l’avant ordre. Autrement dit d’une certaine sauvagerie. La table oblige, elle évoque l’ordre cosmique voire l’ordre divin. Un centre.

D’une part, la matière première -légumes, viandes, fruits…-  est travaillée : on passe du cru au cuit –bouilli, rôti, grillé, frit… selon les situations, selon les hôtes-, du simple culinaire au gastronomique, c’est-à-dire au construit symboliquement, socialement, esthétiquement, voire religieusement. L’arrangement des plats est un spectacle, l’agencement des odeurs et des saveurs est une symphonie. Il y en a pour tous les sens. On ne fait pas que manger, on goûte, on déguste et on en parle.

D’autre part, on dispose la table selon des coutumes et des convenances. On assiste à un ordonnancement des corps, des gestes, des paroles, comme pour passer du tohu-bohu à la parole intelligible, au logos, comme pour maintenir l’ordre toujours fragile du monde. La table d’hôte, -où l’on reçoit, on échange, on est poli, civilisé…-, comme «micro-cosmos». On ne se précipite pas sur la nourriture en grognant, on respecte le cérémonial, on accomplit une célébration de la nature en laquelle on puise sa nourriture, et de la cité qui se doit d’être concorde et convivialité.

C’est un prix à payer pour jouir des plaisirs de la table. On ne peut aimer la table sans aimer ses rites, quitte à jouer avec eux quelquefois. A ce moment-là l’homme est plus qu’un corps, qu’un être de besoins : il y a l’autre, il y a les convenances, il y a l’imaginaire. Il se manifeste en être de désir. La table peut devenir alors le témoin silencieux et complice de tentations ou de tentatives érotiques qui s’en tiendront là ou déboucheront en séduction. Les dessous de table ne sont pas l’apanage des hommes d’affaires ou avides de pouvoir. Ce sont aussi des jambes qui s’allongent pour tester l’intérêt d’un pied étranger, des genoux soyeux qui se frôlent et folâtrent, des mains distraites qui s’attardent sur une serviette en voie de glissement provoqué. Tous ces petits mouvements en clins-d’œil, comme détachés du discours qui semble parler de tout autre chose, toutes ces petites effractions semi-clandestines aux convenances font partie intégrante des jeux de table par quoi les pressions des besoins s’effacent en jeux de désirs. On sait bien ce que signifie parfois une invitation au restaurant. «Une table pour deux, s’il vous plaît». La table comme prétexte à séduction, où l’imaginaire affole le réel.

Quand la table est copieuse, le repas joue les prolongations et certains hôtes connaissent l’ivresse, joyeuse si possible. C’est que l’on est sur le chemin de l’excès (l’ubris en grec), que la mesure est en voie de dépassement, voire même dépassée. Le logos se pervertit en bavardage brouillon, et l’on finit par mettre les pieds sur la table ou rouler sous la table, ce qui est d’une certaine manière porter atteinte à l’ordre du monde inscrit dans le cérémonial, comme si celui-là était devenu difficilement supportable. Au lieu de sortir de table comme on y était entré, droit, soucieux de l’ordonnancement, on s’écroule dessous parce qu’on a suivi ses appétits, ce qui est l’envers du cosmos du dessus, ce qui est retomber dans le chaos, ou tout au moins être proche de s’y acheminer. Certes il y a ivresse et ivresse (la saoulerie -Alcibiade-). Il y a l’ivresse considérée comme un affront infligé à l’hôte qui tenait table ouverte et à l’ordre fragile de la communauté. Il y a l’ivresse tolérée voire codifiée des jours de fête. La fête qui dit justement quelque chose à l’ordre du monde ; il faut parfois changer de règles, transgresser au moins symboliquement les interdits, se moquer de la loi, comme pour respirer un peu d’air frais. Faire la fête, place au jeu, à l’imaginaire. Quelques moments de plaisir avant de retourner dans la réalité. C’est Dionysos contre Apollon (Nietzsche). Dionysos : démesure, passion, ivresse, orgies, bacchanales. Apollon : ordre, mesure, raison, géométrie, sculpture.

Quelquefois c’est la démesure. On va jusqu’à renverser la table, ce qui arrive dans les orgies. C’est comme la négation de la civilisation, le retour de la sauvagerie, le piétinement du labeur des hommes visant à maintenir l’ordre fragile, le pugilat comme mode d’expression. Mais sans en venir aux mains nécessairement, sans pour autant casser les tables de la loi, il arrive que la conversation conviviale connaisse des dérives, des disputes, des mots violents, que l’on passe du plaisir de la convivialité à la réalité de l’hostilité (pour laquelle d’ailleurs certains peuvent éprouver du plaisir). Autour de la table, les jeux de désirs se transforment en conflits de désir et en jeux de pouvoir. Dans le fort de la dispute on en vient à taper sur la table, chacun veut avoir raison, veut en imposer à l’autre, veut imposer sa loi, pour son plaisir. A table, il y a un moment, c’était moi et l’autre, maintenant c’est moi ou l’autre. De la table/sympathie à la table/conflit. La table révélatrice de l’être-conflit de l’homme.

Avant qu’il ne soit trop tard, avant que la table –symbole de l’ordre imposé par nous à notre monde-, y aurait-il eu tant d’efforts pour rien ? ne soit renversée ou brisée, ou pour la remettre sur pied à partir de ses fragments épars, qu’est-il possible de faire ? Sur quoi peut-on tabler pour s’en sortir ?

Décidément, on en revient encore à la table. Si l’on veut s’entendre, se comprendre, restaurer un ordre supportable par tous, il va falloir mettre sur table tous les problèmes, les objets des disputes, les causes des dissensions, décomposer les parties du conflit pour recomposer un ordonnancement. On va passer à la table des négociations, à l’être politique de l’homme. Du pugilat au dialogue, du combat au débat. De quelle sorte de table s’agit-il ? Ordinairement la table est rectangulaire, et cela est signifiant car il n’y a pas d’égalité. Avant même que la séance n’ouvre, que la négociation ne commence, on sait, par ce qu’on voit, de quel côté est le pouvoir, qui le représente. Ainsi à la table seigneuriale : le maître assis au bout d’un côté court, son épouse de l’autre en face, et les gens de la famille et les hôtes sur les côtés longs. Ainsi à la table du Conseil des Ministres : au milieu d’un côté long le Président de la République, en face, au milieu de l’autre, le Premier Ministre. Une hiérarchie est inscrite dans la forme même et l’usage de la table. La table n’est pas de soi démocratique. Il n’y a pas ici de centre équidistant.

C’est pourquoi des Chevaliers des Temps du Moyen Âge avaient pensé au système de la table ronde : les Chevaliers de la Table Ronde. On ne sait ni où commence ni où finit la table, par conséquent qui est premier, qui est dernier. La table de l’égalité en quelque sorte, la table démocratique, avec enfoncée en son centre l’épée rédemptrice -Excalibur- dont tous les Chevaliers sont équidistants. Cette table semble donc plus propice à une négociation équitable. Ce qu’il y a de remarquable c’est que beaucoup de ce qu’on appelle des «tables rondes» -négociations salariales, sociales, politiques diverses- s’effectuent en fait autour de tables rectangulaires, ce qui peut montrer que chacun, chaque moi, chaque groupe veut deux choses à la fois, qui sont difficilement compatibles : négocier (d’où table ronde) -c’est la réalité-, mais gagner (d’où la table rectangulaire) -c’est le plaisir-, ou croire que l’on a déjà perdu, selon la place occupée.

«Tous les hommes sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres». (Orwell, «La Ferme des animaux»)

(Ce qui fait que souvent on tourne en rond, même autour d’une table rectangulaire, et que certains pour passer le temps, en attendant les résultats, s’amusent aux plaisirs irrationnels des tables tournantes.)

Mais ce qui est sérieux, c’est qu’autour d’une table se pense, se discute, se décide le destin de la Cité. C’est pourquoi la politique de la chaise vide n’est guère appréciée. Il est convenu de répondre à une invitation, il n’est pas de bon ton de sortir de table avant la fin des agapes. Ce serait préférer le mépris, la fuite, voire la lâcheté au compromis : quand la réalité est ou au moins apparaît trop dure à vivre pour le principe de plaisir (cf. Eloge de la fuite, d’Henri Laborit). Cette politique (de la chaise vide) peut cependant se justifier quand on se trouve en dictature, en totalitarisme, en terrorisme. Car, dans ces régimes, on sait ce que signifie mettre quelqu’un à table, après l’avoir mis sur table d’écoutes : viol de la vie privée, de la parole privée. C’est le forcer par la violence à dire, à faire, ce qu’il répugnerait au plus haut point à dire et à faire de lui-même en toute conscience. C’est une autre figure de la table politique -quand la «polis» se transforme en «police», quand le «policé» se fait «policier» en son essence- sur laquelle nombre de visages ont été brisés, défigurés. On est en droit alors de ne point désirer ce genre de table. Car c’est une table pervertie, un retour à la sauvagerie.

La belle table ronde comme utopie ? La table de «nuit et brouillard» comme réalité à dénier? Si nous étions réalistes, que pourrait-il en être ? La table réelle des négociations nous fait penser à certaines pratiques réelles et réalistes, pour ne pas dire cyniques, où le vainqueur jouit beaucoup. Dans une négociation, on échange des gains et des pertes. Il faut que cela soit équitable, ou à peu près. C’est le compromis. Si l’équilibre est trop rompu, c’est la compromission, voire la trahison, dont un moyen fréquent est la corruption. Où l’on retrouve les dessous de table, mais tellement différents de ceux envisagés dans les plaisirs de la table. Même expression pour désigner deux pratiques différentes qui jouent toutes deux cependant du principe de plaisir et du principe de réalité.

L’homme, être de sympathie et être de conflit. Le dessous de table peut arranger cela, fut-ce au détriment de l’éthique. Dans une négociation difficile où chacun doit sauver sa bourse, son pouvoir, sa face, son honneur, tout au moins apparemment, comment s’y prendre ? Par ce qui se passe en dessous de la table, alors qu’on ne voit que ce qui se déroule dessus la table. Sur la table, il y a les dossiers, des papiers, des enveloppes que l’on déplace, que l’on avance, que l’on recule, selon les moments de la discussion, pour satisfaire à la cause. On déplace, on avance, on recule des pions. Dessous, il n’y a rien puisqu’on ne voit rien. Toutes les mains sont sur la table, puisqu’on joue cartes sur table -ce qui n’est pas le cas dans les dessous de table érotiques-. Apparemment donc tout se joue dans la transparence, en toute vérité. Tout est mis sur la table, le verbe, les objets, les mains. Pas de duplicité, pas de mauvaise foi comme dans les frôlements érotiques. Pas d’hypocrisie ou tout est hypocrisie. Cependant il y a l’aimant (l’amant, même terme). C’est la table à aimant. Dans une enveloppe, qui est souvent la plus discrète, sur la table, se cache un aimant. Celui-ci est en attraction positive avec son semblable, caché dans une enveloppe, souvent la plus volumineuse, sous la table. Quand je bouge l’enveloppe située sur la table, l’enveloppe située sous la table suit le même mouvement. Quand mon adversaire semble réceptif, en déplaçant mes papiers j’avance mon enveloppe. Quand il semble réticent, je tire mon enveloppe vers moi. Je procède ainsi jusqu’à ce qu’il comprenne. Quand je le sens mûr, prêt à signer le résultat de notre «équitable» négociation, je pousse mon enveloppe vers lui, je la soulève sèchement et la lui tends. Dans le même instant, l’enveloppe qui est sous la table, ne sentant plus son aimant, tombe dans la sacoche discrète que mon partenaire portait distraitement sur ses genoux. L’affaire est dans le sac, dit-on. Ni vu, ni connu. Les apparences sont là qui «prouvent» la réalité de ce qui s’est passé. Est-ce ce que l’on appelle la table de jeu ? En tout cas, à ce jeu de l’apparaître et de l’être nous sommes souvent confrontés. C’est la réalité, dont chaque partenaire reçoit une certaine jouissance. Table ambivalente, table équivoque, table ambiguë. Figure de l’ambiguïté de l’être de l’homme qui se débat entre la loi du désir et le désir de la loi, entre la nécessaire satisfaction du désir et la non moins nécessaire observance de la réalité. Sauver les apparences, quitte à sacrifier la réalité. Sauver la réalité, quitte à ne plus jouir des apparences. Que faut-il faire ? Tout se brouille. Peut-être celui qui a roulé sous la table, par sa position, voit ce qu’il en est et le dira-t-il ? Mais le croira-t-on, lui, dont on a dit qu’il délire, qu’il déparle d’ivresse ? Croit-on de même le discours du bouffon et du fou ?

Devant tous ces jeux de tables, comme des jeux de miroirs, que peut-on faire pour penser, comprendre, vouloir la réalité humaine ? S’efforcer de faire table rase (tabula rasa), d’oublier, de mettre au moins entre parenthèses tous ces reliefs, restes sur les tables, encombrants et troublants. Et alors l’homme peut se mettre à sa table de travail. Et reconstruire.

C’est l’accoucheur qui œuvre auprès de la femme en travail lorsque l’enfant va paraître. C’est le forgeron frappant sur la table d’enclume le morceau de métal brut qui deviendra outil traceur de sillon. C’est le chirurgien penché sur la table d’opération, s’efforçant de rafistoler les lambeaux d’un corps humain. C’est Socrate dessinant sur le sable, en guise de table, les figures géométriques qui permettront à Ménon, personnage d’un dialogue de Platon, de découvrir par le travail de la pensée ce qu’il savait déjà à son insu. C’est l’écrivain décrivant les objets, disposés là, sur sa table de travail, devant lui, pour montrer que l’existence n’a pas de raison d’être ou que cette même existence est pleine de son opacité. C’est le mathématicien élaborant les tables de multiplication, de logarithmes etc. pour se donner un outil en vue de résoudre ses problèmes et de donner au physicien le moyen de calculer le fonctionnement des phénomènes de l’univers. C’est le philosophe concevant la table des catégories qui permettent à l’entendement de discerner ce qu’il en est de l’étant. En bref, on peut dire que les catégories sont des «outils» construits pour connaître ou penser le réel ; ou des «manières» dont on pense que le réel est constitué, et, connaissant ces «manières» on peut prétendre connaître le réel. Catégorie est souvent synonyme de concept au sens de notion classificatrice ayant pour fonction de trier, rassembler, encadrer les choses, les êtres ou les pensées. Par exemple, chez Aristote et les scolastiques, ces catégories sont les dix genres suprêmes ou premiers de l’être : la substance ou essence, la quantité, la qualité, la relation, le temps, le lieu, la situation, l’action, la passion, l’avoir. Ou chez Kant, les catégories ne concernent plus l’être mais le connaître. Tout jugement pouvant être considéré à quatre points de vue : quantité, qualité, relation, modalité, et trois sortes de jugement étant possibles pour chacun de ces points de vue, il y a donc douze catégories. Douze catégories de l’entendement ou concepts fondamentaux a priori de la connaissance. C’est Zarathoustra -Nietzsche- assis à côté des vieilles tables de la loi brisées et prophétisant ce qu’il pourrait en être des nouvelles. L’énumération pourrait être poursuivie, avec la table d’architecte, la table d’arbitrage, la table de jeux, la table d’harmonie… Toujours l’homme travaille pour cultiver la nature, pour se civiliser, sur un support réel –qui est souvent une table- en s’aidant de modèles épistémologiques –qui ont parfois le nom de table– en se fondant sur des principes éthiques –dont l’énoncé principal peut être la loi et les tables de la loi (Cf. Moïse, Zarathoustra). Car il faut toujours comprendre, structurer, se donner des points d’appui, des fins.

Ce qui importe sans doute le plus, c’est le travail de la réalité humaine, entendant par là le travail effectué par l’homme et ce travail qu’il effectue sur son propre être singulier, social et aspirant à l’universel. C’est là un des sens des tables de la loi. La loi est indispensable pour que l’homme advienne en son humanité, cela va sans dire. (Loi/colonne vertébrale / le Père / le totem / décret politique). Mais il ne suffit pas de le dire. Il faut que cela soit inscrit, gravé, en un lieu fixe, stable, connu et reconnu par tous. Les tables -car la Loi se fait lois nombreuses (les tabous, les interdits, les obligations, les mœurs, les prescriptions, les commandements)- sont cette figure qui attire le regard et autour de laquelle on s’assemble, on vit ensemble dans l’ordre. La table est alors plus qu’un support contingent, elle devient le symbole de la réalité même de la loi. Et quand les vieilles tables sont brisées, car les temps changent, l’homme est en devenir, il faut de nouvelles tables, quitte à reprendre parfois les mêmes lois et en s’adossant toujours sur la nécessité de la Loi. Mais le danger, le risque, c’est de penser plus aux tables qu’à la Loi, de les idolâtrer, d’en oublier l’essentiel de la Loi, de prendre la lettre pour l’esprit. On en arrive alors à une forme de sacralisation perverse, à une perte de sens et à des guerres de religions qui ne furent souvent que des guerres de tables, chacune considérant sa table comme étant le centre stable du monde, alors qu’elle n’est qu’un point de vue relatif, et que l’important c’est la Loi qui est l’absolu. Retour possible de la sauvagerie autour d’une question de tables, à cause de l’idolâtrie et la volonté de domination.

Il faut bien observer qu’il peut y avoir confusion grave et mortifère entre l’idole et l’icône, toutes deux pouvant être disposées sur une table devant laquelle l’homme peut faire basculer son destin. L’idole est une image -car il en faut pour représenter ses modèles, ses aspirations- qui séduit, qui fascine, devant laquelle on se plie, avec le simple désir de l’imiter. C’est le modèle que l’on veut s’approprier ou par lequel on se laisserait dévorer. L’enjeu est la perte de son identité. Spectacle désolant d’un face à face destructeur. L’idolâtrie mène à l’asservissement et au fanatisme (la violence). L’idole enferme, clôt. Chacun la veut toute pour lui seul. L’icône est une image qui veut se faire oublier. Elle est là, dans sa beauté, pour faire monter le regard. Elle se veut la transparence dans sa plénitude. Elle est le lieu où la transcendance peut se révéler. Celui qui contemple l’icône n’est pas dans un face à face horizontal. Attiré par l’image, il n’y reste pas rivé, il ne pleure pas sa misère en voyant cette beauté, il s’élève vers le mystère, vers une surabondance d’être de laquelle tout être humain peut jouir, s’il le désire, comme lui, sans rien retirer à personne. C’est un pas vers l’universel.

L’histoire des religions est traversée de tables d’idoles et même d’icônes idolâtrées dressées, renversées, reconstruites, sans savoir encore qui aura le dernier mot et même s’il peut y en avoir un. On ne peut toutefois pas passer sous silence cet essai d’acclimatation entre le principe de plaisir et le principe de réalité qui s’appelle la sublimation. Tout au moins une forme de sublimation qui pourrait faire s’épouser le jour et la nuit, le mysticisme. Sublimation : passage d’un état à un autre (solidegazeux). Transformation normale de certaines pulsions ou sentiments agressifs, sexuels, considérés comme réellement ou potentiellement dangereux en sentiments ou comportements d’ordre esthétique, éthique, religieux, socialement et culturellement valorisés. (Une fonction de la cure psychanalytique est de dériver la névrose vers une sublimation). Le mystique parvient à la jouissance de tout son être en Dieu. (Ste Thérèse d’Avila : «Dans les bras de l’amour mon âme est tombée»). La jouissance est la marque de la présence du principe de plaisir, Dieu, l’Être suprême, la marque de la réalité. Sublimation qui joue sur les extrêmes de la vie et de la mort. Voir enfin la face de Dieu, tel est le désir ardent du mystique. Mais il sait bien que ce face à face est mortel. «Montre-toi», dit Moïse à Dieu, en montant sur le Sinaï, «que je te connaisse». «Non, répond Dieu, car tu ne supporterais pas mon regard.» (approximativement). Pourtant le mystique provoque ce face à face, ce risque le fait vivre. Il s’abîme dans un océan d’être où il pourrait se noyer comme dans les fleuves de l’enfer, et cela le comble et il vit mieux. Il pourrait se perdre, il se trouve au contact de l’absolu. Le peu de sainteté qu’il obtient lui donne un air de famille avec Dieu. C’est son salut. Il se sauve.

C’est ce qui se prépare sur la table d’autel, où, dans la transsubstantiation, l’incarnation et la rédemption sont commémorées et plus que cela, pour le croyant, re-actualisées. De nouveau le Corps divin est là sous les espèces de l’eucharistie. Présence réelle, présence symbolique? On sait la force des symboles, et c’est là leur réalité. Et quand le mystique s’approche de la sainte table pour recevoir le Corps divin, il communie (union, perte de soi, d’identité ?). Cette table est dite sainte, car elle le lieu où le croyant peut accéder au mieux à cet air de famille avec la divinité. Il accomplit un acte sacré en incorporant, en ingérant, en digérant le corps sacré. Il participe au divin. Mystère de la puissance du symbole. Mais il y a le risque de l’identification à Dieu, de se prendre pour Dieu jusqu’au fanatisme et à la dictature. Cette «manducation» peut faire penser à d’autres pratiques sacrificielles. Là encore l’ambivalence n’est jamais loin : la table des sacrifices n’est pas toujours sans taches, c’est le cas de le dire. Le retour à la sauvagerie peut montrer son nez. Les extrêmes peuvent s’opposer, mais aussi se côtoyer, voire se rejoindre. Je ne me sens pas autorisé à établir une ligne de partage entre une messe noire et une messe blanche, entre un sacrifice criminel et un sacrifice salvateur. Mais on sait que les deux ont existé et existent peut-être encore.

La table de l’homo-religiosus nous présente les figures les plus tendues, les plus équivoques, les plus mortifères, les plus rédemptrices de l’humain. La jouissance dans le mal, la jouissance dans le mysticisme. Les dérives sont d’autant plus violentes qu’elles sont la perversion du plus sublime.

Le sublime qui est aussi une notion d’esthétique, lieu où se déploie avec magnificence l’imagination, cette "réserve constituée", comme le dit Freud, lors du passage douloureusement ressenti du principe de plaisir au principe de réalité. De ce domaine là j’évoquerai le tableau (où l’on a le mot table) qui rend visible, qui donne à voir à l’œil et à l’esprit, qui donne à jouir à la sensualité et à la spiritualité. J’évoquerai aussi la table d’harmonie chère aux musiciens. L’harmonie, la science des accords. Cela peut en dire long sur les aspirations de l’humain qui veut vivre en harmonie avec lui-même, en accord avec les autres. L’harmonie de la Cité se modelant sur l’harmonie des sphères géométriques et célestes, et se manifestant dans l’harmonie construite des «compositeurs» qui veulent par là participer au maintien de l’harmonie cosmique. (La table de Pythagore, est-ce de la mathématique, de la musique, de la mystique, de la philosophie?) Le musicien utilisait la tablature : ensemble de signes disposés sur des lignes dont on se servait pour noter la musique de certains instruments, ou marquer le chant. C’est un tableau qui indique l’étendue d’un instrument à vent, et le doigté de cet instrument. La table d’harmonie fait penser aux diverses tables de type mathématique qui permettent de s’y retrouver et de calculer et de construire. C’est aussi la partie de la caisse de certains instruments de musique, à claviers, à cordes, qui permet la résonance, ce par quoi la musique pénètre l’auditeur, le fait vibrer et jouir.

La table est toujours là dans l’art, qui crée des œuvres susceptibles de réconcilier, comme le dit Kant, la sensibilité et l’entendement, qui travaille et maîtrise les lignes, les formes, les couleurs, les sons, les volumes, les représentations que les hommes se font d’eux-mêmes, pour mieux en jouir, tant il est vrai que le plaisir n’est pas forcément dans le laisser-aller, le laisser faire spontané, la cueillette de ce qui se propose, mais aussi et parfois surtout dans la conquête qu’on est allé chercher dans l’effort dominé. Le tableau, la table d’harmonie comme métaphore de la possible réconciliation de l’homme avec lui-même. L’œuvre d’art comme exercice de la liberté. L’exigence de la création n’est pas la contrainte de la nécessité. Le «il faut» de l’art, de la beauté, n’est pas le «il faut» de la nourriture, de l’utile. L’art/technique permet d’habiter dans le monde, l’art/artiste rend le monde plus habitable, permet d’en jouir malgré tout.

Ainsi en va-t-il de quelques figures de la table, de ses sens propres et figurés :

- table / empirique
- table / symbolique
- table / métaphorique
- table de la discorde
- table de la concorde
- table de l’œuvre
- table du sacrifice
- table de la transfiguration

Figures qui nous ont guidés dans l’évocation de quelques figures majeures de l’homme à la conquête de son humanité. L’homme qui s’extirpe de l’animalité, construit la civilisation et lutte contre la présence et les retours de la sauvagerie. Tout ce qui se joue sur, autour, à partir de la table, depuis sa naissance sur une table de travail, jusqu’à sa mort quand il sera déposé dans le cercueil fabriqué sur l’établi, la table de travail du menuisier. Table omniprésente qui pourtant s’efface pour donner à penser aux enjeux qui s’ordonnent autour de ses symboles. La table, un presque-rien à partir de quoi on peut être enseigné sur presque tout. On pourrait résumer ainsi, en disant que nous avons convié à notre table :

L’homo animalis: vivre
L’homo eroticus : jouir de la réalité
L’homo politicus : organiser la réalité sociale 
L’homo cogitans : penser la réalité
L’homo laborans : transformer la réalité
L’homo ethicus : conduire la réalité humaine
L’homo religiosus : transcender la réalité
L’homo estheticus : transfigurer la réalité

Figures multiples de l’être de l’homme qui essaie de trouver son bonheur malgré, envers ou grâce à la réalité.

Aimer la table n’est pas contraire au philosopher. Il faut se souvenir que dans l’ «austère» philosophie la question centrale du désir (de l’amour) se pose d’abord autour d’une table de banquet où chacun est invité à raconter son histoire, son point de vue. (Le Banquet, de Platon) ( inauguration de la philosophie).
C’est sur ma table de travail que j’ai conçu et écrit ces variations. C’est autour de cette table de loisir que je vous les ai livrées.
Reste éventuellement maintenant un tour de table !


Gilles TROGER                                         le 17 novembre 1997 et le 12 octobre2006.







 

Partager cet article

Repost 0
Published by sophia - dans leçons
commenter cet article

commentaires